CP ALI Etude

06 MARS 2026

[Communiqué] Genre et logement d’insertion : mieux comprendre les parcours et besoins des femmes pour adapter l’offre et les pratiques d’accompagnement

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les Acteurs du Logement d’insertion publient les résultats d’une étude qualitative consacrée aux parcours des femmes en logement d’insertion. Alors que les femmes représentent une part importante des personnes confrontées au mal-logement et aux violences sexistes et sexuelles, elles demeurent encore minoritaires dans une partie de l’offre de logement d’insertion, notamment dans les structures collectives. Cette étude vise à mieux comprendre leurs trajectoires de vie, leurs besoins et les conditions d’un accueil et d’un accompagnement plus adapté.

Cette étude a été réalisée par FORS-Recherche Sociale entre janvier et juin 2025 sur 5 territoires : agglomérations de Saint-Étienne, Marseille, Bordeaux ; Départements du Val d’Oise et Drôme/Ardèche. Elle repose sur une enquête qualitative menée auprès de 75 femmes logées en résidences sociales, pensions de famille, foyers de jeunes travailleurs et dispositifs d’intermédiation locative, ainsi qu’auprès des équipes professionnelles qui les accompagnent. À travers les récits de parcours, les conditions d’accès au logement, le vécu du logement, et les trajectoires de sortie, l’étude met en lumière la diversité des situations et le rôle du logement d’insertion dans les processus de stabilisation et de reconstruction. en particulier pour les femmes ayant connu des violences et des ruptures répétées. En filigrane, elle interroge la capacité des dispositifs actuels à accueillir, protéger et accompagner les femmes de manière inclusive, et ouvre des pistes d’évolution pour mieux répondre à leurs besoins spécifiques.

Des parcours marqués par des ruptures brutales et des violences

L’étude montre que les trajectoires de vies des femmes interrogées ont été largement traversées par des violences sexistes et sexuelles, des ruptures conjugales et familiales, des situations de dépendance économiques et des périodes d’instabilité résidentielle.

Avant l’arrivée dans le logement d’insertion, nombre d’entre elles ont connu l’hébergement institutionnel ou chez des tiers, des expulsions, voire des périodes de sans-abrisme. L’accès à un logement stable et accompagné constitue alors souvent une première et fondamentale étape de stabilisation durable après des années d’insécurité. Pour ces femmes, le logement représente un espace de protection essentiel : pouvoir fermer sa porte pour retrouver une intimité, sortir de la peur et se reconstruire.

Une sous-représentation persistante dans l’offre collective

Les femmes demeurent minoritaires dans une majeure partie des dispositifs de logement d’insertion, particulièrement dans les structures collectives : 25% des entrantes en pensions de famille, 30% en résidences sociales généralistes et 35% des jeunes dans le réseau Habitat Jeunes. Dans le même temps, sur les territoires étudiés, les femmes seules ou avec enfants représentent 30 à 40% des ménages en demande d’hébergement ou de logement.

Ce décalage ne traduit pas une absence de besoin mais révèle au contraire des lacunes dans la prise en charge et l’orientation des femmes et offres parfois mal adaptées aux besoins spécifiques de ce public. L’étude souligne notamment des représentations genrées persistantes, des logiques d’orientation dites « protectrices », des contraintes bâtimentaires ou des obstacles administratifs et économiques.

L’étude met également en lumière l’ambivalence de la mixité : facteurs d’équilibre pour certains collectifs, elle peut aussi être à l’origine de tensions et/ou de comportements sexistes entrainant une mise en retrait des femmes des espaces partagés.

A contrario, les femmes sont majoritaires dans le logement en diffus, traduisant la complémentarité des solutions de logements d’insertion pour répondre aux besoins divers des ménages. Pour autant, le sentiment d’isolement ressenti peut aussi être plus fortement marqué en l’absence de lieux de rencontre spontanée.

Le logement d’insertion, un levier de reconstruction et d’émancipation

Malgré ces constats, les résultats de l’étude confirment le rôle central du logement d’insertion comme espace de mise à l’abri, de réassurance et de reconstruction. Pour les femmes victimes de violence particulièrement, il constitue un temps nécessaire pour se stabiliser psychologiquement et administrativement. Pour les femmes issues de parcours migratoires, il représente le premier « chez-soi » en France. Pour les jeunes femmes, il est un tremplin vers l’autonomie. Globalement, pour les femmes en situation de vulnérabilité, un lieu d’ancrage où l’appui des équipes d’accompagnement permet de se projeter à nouveau vers un avenir plus serein.

L’étude relève d’ailleurs que les femmes connaissent en moyenne des durées de séjour plus courtes que les hommes dans plusieurs types de structures, signe d’une forte aspiration à l’autonomie, mais aussi, parfois, d’une pression sociale plus forte à « s’en sortir ».

Des recommandations pour une meilleure prise en compte des besoins des femmes et une prise en charge plus inclusive

Forte de ces nombreux constats et appuyées par les témoignages des personnes interrogées, l’étude formule plusieurs recommandations à destination des pouvoirs publics, des prescripteurs et des structures de logement d’insertion, structurées autour de quatre axes :

  1. Faciliter l’orientation et l’arrivée des femmes
  2. Prévenir, signaler et traiter les violences sexistes et sexuelles
  3. Renforcer la place et le pouvoir d’agir des femmes
  4. Adapter le logement et l’accompagnement aux familles monoparentales

La synthèse de cette étude est disponible dès à présent sur le site des ALI et l’étude complète sera prochainement publiée. Les Acteurs du logement d’insertion poursuivront dans les mois à venir leur mobilisation pour offrir aux femmes vulnérables un accueil plus inclusif dans leurs dispositifs et un accompagnement en phase avec leurs besoins et aspirations spécifiques.

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