Les Acteurs du logement d’insertion ont réuni leurs réseaux et leurs partenaires pour une rencontre régionale à Marseille. Cet événement a été l’occasion de restituer les résultats de l’étude « Genre et logement d’insertion » menée par FORS-Recherche Sociale, et d’ouvrir un dialogue avec des acteurs de terrain engagés sur cet enjeu.
Introduite par Camille Régis (Déléguée générale de la Fapil), cette rencontre a débuté par la présentation de l’étude par Juliette Baronnet (FORS Recherche Sociale).
L’étude : des inégalités persistantes
Conduite sur cinq territoires, l’étude met en lumière une sous-représentation marquée des femmes dans certains dispositifs de logement d’insertion. Si elles représentent 60 % des occupants en logement diffus, elles ne sont que 25 % en pension de famille et 30 % en résidence sociale. Un écart d’autant plus préoccupant que les femmes seules avec enfants constituent 30 à 40 % des ménages en demande d’hébergement.
L’étude souligne également l’ampleur des violences subies : une femme sur cinq déclare avoir été victime de violences conjugales, sexistes ou sexuelles.
Dans les structures à dominante masculine, les situations d’inconfort sont fréquentes. Les durées de séjour des femmes sont souvent plus courtes que celles des hommes, et certaines sorties apparaissent précipitées, questionnant la qualité et l’adaptation de l’accompagnement proposé.
Quatre recommandations pour agir
Kamel Senni (Responsable du pôle Logement d’abord de la Fédération SOLIHA) et Camille Régis ont ensuite présenté les recommandations majeures de l’étude :
1. mieux orienter et accueillir les femmes dès l’entrée dans les dispositifs ;
2. prévenir et traiter les violences sexistes et sexuelles ;
3. renforcer le pouvoir d’agir des résidentes ;
4. et mieux prendre en compte les familles monoparentales en intégrant pleinement la parentalité dans l’accompagnement.
Des pratiques concrètes sur le terrain
Une table ronde a réuni des représentants d’Apprentis d’Auteuil et de SOLIHA Provence, permettant d’ancrer ces résultats dans la réalité quotidienne des structures. Les intervenants ont partagé plusieurs expériences : des logements réservés aux familles monoparentales victimes de violences avec un accompagnement pluridisciplinaire, des tiers-lieux socio-culinaires favorisant le lien social, et des ateliers parents-enfants dans un cadre sécurisant.
Les échanges ont fait ressortir plusieurs facteurs de réussite. Des structures à taille humaine, d’abord : Apprentis d’Auteuil a insisté sur l’importance de rester bien en deçà de 100 logements pour garantir un accompagnement de proximité. Des espaces conçus pour concilier vivre-ensemble et intimité, ensuite. La co-construction du règlement intérieur avec les résidents est également apparue comme un levier essentiel. Enfin, SOLIHA Provence a rappelé que les contraintes budgétaires encadrent fortement le montage des projets, appelant à une harmonisation des financements et à un plaidoyer renforcé auprès d’interlocuteurs diversifiés.
Rester mobilisés
La journée s’est clôturée sur un retour du Conseil national de l’habitat par Olympio Kyprianou-Perrimond (Directeur général de la fédération SOLIHA), avec le sentiment d’une écoute institutionnelle encore limitée. Face à un contexte jugé plus difficile, les associations ont réaffirmé leur détermination à porter leurs propositions.
Cette rencontre a confirmé l’urgence d’une approche genrée du logement d’insertion. Les femmes en situation de précarité – et plus encore celles victimes de violences ou à la tête d’une famille monoparentale – ont des besoins spécifiques qui appellent des réponses adaptées, coordonnées et durablement financées.